03/12/2006

Drogue: vaccins et avancées génétiques

 

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Drogue: vaccins et avancées génétiques ouvrent de nouvelles perspectives 
Par Yann OLLIVIER
 
STRASBOURG (Conseil Europe) (AFP) - Avec un vaccin contre la cocaïne ou l'identification du gène de la dépendance, la science ouvre de nouvelles perspectives à la lutte contre la drogue, mais elle soulève aussi d'importantes questions éthiques, selon des experts du Conseil de l'Europe.

Les 35 pays du Conseil de l'Europe membres du "Groupe Pompidou" de coopération en matière de lutte contre la drogue, réunis lundi et mardi à Strasbourg pour définir leur stratégie d'ici 2010, ont décidé de lancer une banque de données en ligne recensant l'ensemble des recherches en cours relatives aux drogues et aux dépendances.

L'enjeu est, in fine, de "traduire les résultats de la recherche dans la pratique et les politiques", souligne Richard Muscat, professeur en neurosciences comportementales à l'Université de Malte et coordonnateur de la plate-forme recherche du Groupe Pompidou.

Au Royaume-Uni, des chercheurs travaillent actuellement à la mise au point d'un vaccin qui "neutralise" l'action de la cocaïne en empêchant la drogue d'atteindre le cerveau à l'aide d'une molécule qui s'associe à celle libérée par la cocaïne.

Sur le même principe, d'autres vaccins pourront être mis au point dans un proche avenir: selon Richard Muscat, "dès l'an prochain, un vaccin contre la nicotine devrait entrer dans sa phase de tests".

La mise au point du vaccin contre la cocaïne est d'autant plus d'actualité que cette drogue poursuit sa progression en Europe, avec 3,5 millions d'adultes qui en ont consommé au cours des douze derniers mois, selon les chiffres publiés la semaine dernière par l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

Mais alors que les chercheurs l'ont conçu pour les cures de désintoxication, la tentation peut être grande de l'administrer, à titre préventif, "à tout le monde", ce qui pose d'importants problèmes éthiques, relève le chercheur maltais.

La génétique aussi offre des perspectives prometteuses. "Dans le cerveau des personnes en proie à la dépendance, il semblerait qu'un des récepteurs de la dopamine ne fonctionne pas très bien", explique Richard Muscat. A long terme, il sera probablement possible selon lui, sinon de modifier ce gène de la dépendance, du moins de réduire ses effets ou de le dépister.

On pourrait dès lors décider de tester tous les enfants pour identifier ceux qui seront plus enclins à être dépendants d'une drogue et adapter des stratégies de prévention adaptées à leur prédisposition génétique. Avec le risque cependant "de les stigmatiser", souligne M. Muscat.

Nos sociétés sont déjà confrontées, en matière de prévention, au débat sur le dépistage systématique des consommateurs de drogue à l'école, comme a choisi de le faire le Premier ministre britannique Tony Blair, relève Christopher Luckett, secrétaire exécutif du groupe Pompidou.

Jusqu'ici, aucune recherche n'a vraiment "démontré qu'une politique de dépistage est efficace en matière de prévention de la toxicomanie", souligne-t-il.

Les risques éthiques du dépistage systématique sont évidents, selon lui, en ce qui concerne la protection des données et des libertés individuelles.

Des dépistages ciblés peuvent en revanche être très utiles dans le cadre des cures de désintoxication, notamment pour vérifier si le patient se conforme à ce qui lui a été prescrit, ou dans certains métiers qu'il est dangereux d'exercer sous l'emprise de la drogue.


 

02:41 Écrit par Charisma dans Santé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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